EIAS : comprendre, déclarer et analyser les événements indésirables associés aux soins
L’EIAS, événement indésirable associé aux soins, est au cœur du dispositif de signalement en santé. Distinction avec l’EIGS, qui déclare, quoi signaler et comment l’analyser : l’essentiel pour les professionnels.
L'événement indésirable associé aux soins (EIAS) constitue un signal incontournable dans la gestion des risques. Qu'il soit lié à un médicament, à un acte ou à l'organisation, sa déclaration et son analyse sont au cœur de la sécurité des patients. Ce guide détaille la définition de l'EIAS, sa distinction avec l'EIGS, ce qui est déclarable, comment le signaler et les méthodes pour en comprendre les causes racines, comme la méthode ALARM.
Qu'est-ce qu'un EIAS ?
L'événement indésirable associé aux soins (EIAS) désigne toute situation inattendue survenant au cours de la prise en charge d'un patient, et ayant ou pouvant avoir une conséquence négative sur sa santé. Il peut concerner un acte médical, un produit de santé, l'organisation du parcours ou un dysfonctionnement matériel. Les autorités sanitaires en donnent une définition large, englobant l'incident (presque accident) et l'accident (préjudice réalisé), afin d'encourager une culture de signalement sans jugement.
Cette notion est fondatrice de la gestion des risques en établissement de santé. Elle permet de passer d'une approche centrée sur la faute individuelle à une analyse systémique des causes. L'EIAS n'est donc pas une anomalie à masquer mais un matériau de travail qui, une fois partagé et analysé, nourrit la boucle d'amélioration continue de la qualité et de la sécurité des soins.
EIAS, EIGS et autres typologies : savoir distinguer
L'événement indésirable grave associé aux soins (EIGS) est une sous-catégorie particulière de l'EIAS. Il répond à deux critères cumulatifs : un caractère inattendu dans le déroulement du soin et une conséquence grave (décès, menace du pronostic vital, incapacité fonctionnelle permanente). La réglementation encadre strictement son signalement aux autorités sanitaires. En parallèle, on distingue également les « presqu'accidents » (near misses), événements évités de justesse qui n'ont pas atteint le patient mais révèlent une fragilité du système.
Le tableau suivant résume les principales différences qui conditionnent la conduite à tenir en établissement.
| Critère | EIAS | EIGS |
|---|---|---|
| Définition | Événement inattendu lié aux soins, avec ou sans conséquence pour le patient | EIAS ayant entraîné une conséquence grave (décès, menace vitale, incapacité) et jugé inattendu |
| Exemples | Erreur médicamenteuse sans effet clinique, chute sans blessure, retard de diagnostic | Décès consécutif à une erreur d'administration, choc anaphylactique non anticipé |
| Obligation de signalement | Déclaration interne à l'établissement (démarche de retour d'expérience) | Signalement interne + déclaration externe obligatoire auprès des autorités (ARS, HAS) |
Ce que vous devez déclarer
La logique de signalement s'appuie sur une culture de la transparence. Sont déclarables tous les événements, qu'ils aient ou non causé un préjudice. Les presqu'accidents font l'objet d'une attention particulière car ils constituent des signaux faibles, précieux pour anticiper un accident. L'objectivité et la précision du descriptif sont essentielles : circonstances, personnes impliquées, conséquences immédiates, sans interprétation ni recherche précoce de responsabilité.
Parmi les événements à déclarer en priorité figurent les « never events » médicamenteux. L'ANSM tient une liste de 16 événements de ce type, publiée au Bulletin officiel Santé du 31 mai 2024. Cette liste cible des médicaments à marge thérapeutique étroite, pour lesquels l'écart entre dose efficace et dose toxique est faible : le chlorure de potassium injectable, la lidocaïne par voie intraveineuse ou la colchicine sont notamment concernés. La déclaration de ces événements, même sans conséquence, alimente un retour d'expérience indispensable.
Les never events médicamenteux (ex. : administration de chlorure de potassium concentré non dilué) doivent être signalés systématiquement et sans délai. Leur caractère évitable et leur gravité potentielle imposent une analyse immédiate au sein de l'établissement.
Pour tous les autres événements, chaque structure définit des critères de priorité selon sa cartographie des risques, la fréquence et la criticité pressentie. L'important est de ne pas laisser un événement sans suite et de le confier au gestionnaire de risques.
Le circuit de déclaration interne
La déclaration s'effectue généralement via un formulaire dédié, souvent dématérialisé sur une plateforme de signalement interne. Tout professionnel de santé (médecin, infirmier, préparateur, cadre, manipulateur radio, etc.) ainsi que tout personnel impliqué dans la prise en charge peut signaler un EIAS. L'établissement peut également proposer un canal de déclaration simplifié pour les patients et leurs proches.
La procédure respecte plusieurs principes : confidentialité de l'identité du déclarant, possibilité d'un recueil anonyme selon la politique de l'établissement, absence de sanction pour celui qui signale. Une fois reçue, la déclaration est transmise au référent qualité ou au gestionnaire de risques. Celui-ci l'enregistre, la qualifie (nature, gravité, fréquence) et décide des suites : analyse simple, analyse approfondie par un groupe de travail, éventuelle déclaration d'un EIGS auprès des autorités.
La traçabilité de ce circuit garantit la mémoire de l'événement. Des revues régulières permettent de vérifier que les actions correctives engagées ont bien été mises en œuvre et qu'elles ont effectivement réduit le risque. Le dispositif s'intègre ainsi dans la gouvernance clinique et le programme d'amélioration de la qualité.
Analyser l'EIAS : méthode ALARM et facteurs contributifs
Comprendre les causes profondes d'un EIAS est l'étape clé qui distingue le simple recensement de l'action corrective. La méthode ALARM (Association of Litigation And Risk Management) est une méthode d'analyse approfondie des causes racines d'un événement indésirable. Elle explore sept grandes catégories de facteurs contributifs : ceux liés au patient, aux tâches à accomplir, à l'individu soignant, au fonctionnement de l'équipe, à l'environnement de travail, à l'organisation et au contexte institutionnel. Cette structuration évite le réflexe de pointage du doigt et positionne l'événement comme le résultat d'un enchaînement de défaillances latentes.
La mise en œuvre d'une telle analyse repose sur des entretiens, la reconstitution chronologique des faits et la recherche de barrières de sécurité manquantes ou défaillantes. Le résultat est un plan d'actions hiérarchisées, partagé avec les équipes. Pour une présentation détaillée de cette méthode, consultez notre article dédié : methode alarm.
En parallèle, le retour d'expérience (retex def) constitue le cadre collectif par excellence pour partager l'analyse, confronter les perceptions et faire émerger des solutions opérationnelles. Ces deux approches, systémique et collaborative, sont complémentaires.
Intégrer l'EIAS dans la démarche qualité
Le signalement et l'analyse des EIAS nourrissent directement les indicateurs de qualité et de sécurité des soins (iqss) suivis par les établissements et les tutelles. Ils renseignent sur les performances de la structure et sur sa maturité en matière de culture de sécurité. Les données issues des déclarations contribuent également aux certifications et aux retours d'expérience nationaux pilotés par la HAS.
Au quotidien, l'exploitation des EIAS permet d'ajuster les protocoles, de cibler les formations, de réviser l'organisation du travail ou d'améliorer l'environnement de soins. Elle concourt à instaurer une boucle continue d'évaluation des pratiques professionnelles. Enfin, la transparence dans le signalement renforce la confiance des patients et la cohésion des équipes, fondement d'une gestion des risques durable et intégrée.
Questions fréquentes
Que veut dire EIAS ?
Quelle différence entre EIAS et EIGS ?
Qui déclare un EIAS ?
La déclaration d’un EIAS est-elle anonyme ?
Quelle méthode utilise-t-on pour analyser un EIAS ?
Jean-Marc Schneider
Responsable prévention au sein de la Plateforme QS+, Jean-Marc accompagne depuis quinze ans donneurs d'ordres et entreprises prestataires dans la maîtrise des risques professionnels en coactivité.


