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DAMRI en EHPAD : outil d'analyse du risque infectieux

Le DAMRI est un outil d’auto-évaluation du risque infectieux utilisé notamment en EHPAD. Il cartographie les dangers, priorise les risques et structure un plan d’action.

Par Jean-Marc Schneider·23 juillet 2026·5 min de lecture
DAMRI en EHPAD : outil d'analyse du risque infectieux
L'essentiel

Le DAMRI (Document d’Analyse et de Maîtrise du Risque Infectieux) est un outil d’auto-évaluation destiné à cartographier les risques infectieux au sein d’un établissement. Particulièrement utile en EHPAD où les équipes d’hygiène sont souvent réduites, il permet de coter chaque risque, de les prioriser et d’élaborer un plan d’action concret. Son utilisation favorise une démarche structurée de prévention et de gestion des infections.

Qu’est-ce que le DAMRI ?

Le DAMRI, ou Document d’Analyse et de Maîtrise du Risque Infectieux, est un outil d’auto-évaluation qui permet à un établissement de santé ou médico-social de cartographier l’ensemble des risques infectieux auxquels il est exposé. Il ne s’agit pas d’un simple inventaire : le DAMRI pousse à évaluer la probabilité et la gravité de chaque situation, à en déterminer le niveau de maîtrise et à hiérarchiser les actions correctives.

Conçu pour être utilisé en interne, il remplace une approche purement réactive par une démarche proactive et continue. L’analyse porte sur les pratiques de soins, l’environnement, l’organisation, la gestion des déchets ou encore la prise en charge des résidents porteurs de pathogènes. Il est, en ce sens, un véritable outil de pilotage de la prévention du risque infectieux.

Le DAMRI en EHPAD : un enjeu spécifique

Dans les EHPAD, la maîtrise du risque infectieux constitue un défi quotidien, amplifié par la fragilité des résidents et la promiscuité des espaces collectifs. Pourtant, ces structures disposent rarement d’une équipe opérationnelle d’hygiène dédiée. Le DAMRI devient alors un levier essentiel : il donne un cadre structuré à l’analyse des dangers et permet à l’ensemble de l’équipe (directeur, cadre de santé, médecin coordonnateur, soignants) de parler le même langage.

En EHPAD, le DAMRI couvre notamment les risques liés aux infections urinaires sur sonde, aux pneumopathies, à la gale ou aux gastro-entérites aiguës, sans oublier les transmissions croisées lors des soins d’hygiène. Il aide à formaliser les protocoles et à vérifier leur application réelle sur le terrain.

Cartographier et coter les risques infectieux

La première étape consiste à identifier toutes les situations potentiellement à risque. Cette cartographie est souvent bâtie à partir d’une observation des pratiques, d’un retour d’expérience (incidents, épidémies passées) et d’un état des lieux des moyens existants. Chaque risque identifié est ensuite évalué selon deux axes : sa probabilité de survenue et sa gravité potentielle. Le croisement de ces deux critères donne une cotation qui permet de hiérarchiser les priorités.

Catégorie de risqueExemples de situationsCotation indicativeActions types
Hygiène des mainsNon-respect des préalables, produit inadaptéModéréFormation, audit des pratiques, réévaluation des points d’eau
Gestion des déchetsFilière d’élimination non respectée, contenants inadaptésFaible à modéréMise en conformité des circuits, signalétique, suivi des prestataires
Entretien des locauxBio-nettoyage insuffisant, absence de protocole écritÉlevéPlan de nettoyage, traçabilité, contrôle qualité
Prise en charge des résidents infectésIsolement inapproprié, transmission aux autres résidentsÉlevéPrécautions complémentaires, information de l’équipe, signalement
Gestion du lingeCircuit propre/sale non distinct, température de lavage inadaptéeModéréOrganisation des flux, contrôle des équipements

La cotation ne repose pas sur un algorithme figé ; elle doit être adaptée au contexte de l’établissement. L’important est de conserver une méthode stable dans le temps pour pouvoir comparer les évolutions.

De l’analyse au plan d’action

Une fois les risques cotés, le DAMRI devient un véritable outil de pilotage. Les risques jugés les plus élevés (probabilité forte et gravité importante) appellent des actions immédiates. Les risques modérés peuvent être intégrés dans un programme d’amélioration continue, tandis que les risques faibles continuent d’être surveillés.

Le plan d’action doit être réaliste et partagé. Il précise pour chaque action : l’objectif, le responsable, le délai et les indicateurs de suivi. En EHPAD, il peut s’agir de réviser un protocole de toilette, d’installer des distributeurs de solution hydroalcoolique aux points stratégiques ou d’organiser une session de formation sur les précautions standard. Le DAMRI permet aussi de documenter les choix et de justifier les priorités retenues auprès des autorités de contrôle.

Qui remplit le DAMRI et quelle fréquence de mise à jour ?

La réalisation du DAMRI est une démarche collective. Dans un EHPAD, elle associe généralement le directeur, le médecin coordonnateur, le cadre de santé et les professionnels de terrain. Lorsque la structure ne dispose pas de compétence en hygiène en interne, il est recommandé de faire appel à un hygiéniste de l’équipe mobile d’hygiène du territoire ou à un consultant externe pour accompagner l’analyse.

Aucune fréquence réglementaire unique n’est imposée, mais une mise à jour régulière est indispensable. Une révision annuelle est une bonne pratique, complétée par une actualisation à chaque événement marquant : épidémie, modification architecturale, changement de protocole ou résultat d’audit défavorable. Un DAMRI non révisé perd rapidement sa pertinence et ne reflète plus la réalité de l’établissement.

DAMRI et dispositifs d’évaluation : articulation avec le synae

Le DAMRI ne vit pas en vase clos. Les établissements médico-sociaux sont également soumis à une évaluation globale de leur qualité, portée par le dispositif synae. Cette évaluation aborde, entre autres thématiques, la gestion des risques et la prévention des infections. Un DAMRI à jour et rigoureusement tenu constitue un argument solide pour démontrer la maîtrise du risque infectieux dans le cadre du synae.

Les conclusions du DAMRI peuvent alimenter le plan d’amélioration de la qualité global et réciproquement : les constats issus de l’évaluation synae peuvent identifier de nouveaux risques à intégrer dans le DAMRI. Il s’agit bien d’une complémentarité au service d’une démarche qualité cohérente.

Bonnes pratiques pour une auto-évaluation efficace

Pour que le DAMRI ne reste pas un document administratif de plus, quelques principes simples doivent guider sa mise en œuvre :

  • Impliquer les équipes : l’analyse gagne en pertinence quand les soignants de terrain y contribuent, car ils sont les premiers témoins des pratiques réelles.
  • Croiser les sources : ne pas se limiter aux déclarations, mais confronter les dires aux observations et aux données disponibles (consommation de produits d’hygiène, signalements, résultats de contrôles).
  • Rester pragmatique : inutile de lister cent risques si aucun plan d’action n’est réaliste. Mieux vaut concentrer les efforts sur une quinzaine de risques bien documentés et suivis.
  • Assurer un suivi dynamique : le DAMRI doit être un outil vivant. Les actions réalisées sont soldées, les risques réévalués, les nouveaux dangers intégrés au fil de l’eau.
Point de vigilance

Le DAMRI n’est pas un document figé. Il doit être révisé à chaque évolution des pratiques, incident infectieux ou changement organisationnel pour rester un outil de pilotage efficace. Son absence de mise à jour constitue en elle-même un risque.

En définitive, le DAMRI est bien plus qu’une obligation réglementaire : c’est un instrument de prévention concret, adapté aux réalités des EHPAD. Il replace le risque infectieux au cœur du projet d’établissement et donne aux équipes, même sans expert hygiéniste dédié, les moyens d’agir de façon structurée.

Questions fréquentes

Que signifie DAMRI ?
DAMRI est l’acronyme de Document d’Analyse et de Maîtrise du Risque Infectieux. Il s’agit d’un outil d’auto-évaluation qui permet à un établissement de santé ou médico-social de cartographier, coter et prioriser les risques infectieux, puis de construire un plan d’action adapté.
Le DAMRI est-il obligatoire en EHPAD ?
La réglementation impose aux établissements médico-sociaux de mettre en place une démarche de maîtrise du risque infectieux. Le DAMRI est l’outil préconisé pour formaliser cette analyse et répondre aux exigences des autorités de contrôle, même s’il n’est pas explicitement désigné dans tous les textes.
Qui remplit le DAMRI ?
La réalisation du DAMRI est collective : directeur, médecin coordonnateur, cadre de santé et soignants y contribuent. En l’absence de compétence interne en hygiène, il est recommandé de faire appel à l’équipe mobile d’hygiène du territoire ou à un consultant externe pour accompagner la démarche.
À quelle fréquence mettre à jour le DAMRI ?
Aucune fréquence réglementaire unique n’est fixée, mais une mise à jour annuelle est considérée comme une bonne pratique. Une actualisation plus précoce est nécessaire à chaque événement marquant : épidémie, modification des locaux, nouveau protocole ou résultat d’audit défavorable.
Comment évaluer les risques infectieux dans un EHPAD sans équipe d’hygiène dédiée ?
Le DAMRI est justement conçu pour structurer l’analyse même en l’absence d’expert interne. Il suffit de s’appuyer sur une observation partagée des pratiques, de croiser les retours d’expérience et, si besoin, de solliciter un hygiéniste territorial pour valider la cotation et le plan d’action.
· Auteur

Jean-Marc Schneider

Responsable prévention, Plateforme QS+

Responsable prévention au sein de la Plateforme QS+, Jean-Marc accompagne depuis quinze ans donneurs d'ordres et entreprises prestataires dans la maîtrise des risques professionnels en coactivité.